MANIFESTE


La mise en scène, le scénario, l'esthétique, constituent formellement les principes constitutifs d'une œuvre d'art. Pareillement toute idéologie use ces mêmes procédés pour s'incarner.

Arts et mass-médias tirent parti des mêmes artifices. Bien que pour une finalité opposé. L'art donne la parole à l'inconscient humain. Plus l'introspection est radicale, plus l'on se rapproche du bruit, du gris originel. L'art à ce pouvoir, rendre tangible notre interprétation sensible du monde. Et comme par goût de la vérité et du paradoxe, démonter avec les mêmes outils, les conventions établies arbitrairement.


Victor Savanyu



« ...le travail artistique de Victor Savanyu est principalement orienté sur la traduction en tableaux d'arrêts sur images, à l'instar d'instantanés issus d'un programme audiovisuel diffusé sur le petit écran. Par ce biais, il réinterprète différents thèmes de société exploités par les médias de masse...
Utilisant une facture proche du réalisme illusionniste de la peinture des hyperréalistes, ses œuvres semblent représenter une société anesthésiée, apparentée à celle des insinuations télévisées, des signes publicitaires, des paradis artificiels en miniature et des artefacts en plastique imitant le bonheur caricatural d'antan. toute représentation de la réalité n'étant que simulacre, Victor Savanyu ne traduit en fin de compte que la fiction de la réalité qu'il a vécue, qu'il a pensée et qu'il a travaillée. or la profusion d'images véhiculées par la vidéo, le cinéma ou la photographie a changé notre manière de voir et Victor Savanyu enregistre ces changements. Les images diffusées par les médias sont souvent perçues de manières aussi importante que les phénomènes réels.Forçant ainsi un passage vers le simulacre, elles modifient notre perception et contribuent à hiérarchiser les valeurs d'une société du spectacle, une réalité irréelle où les images régissent les relations sociales »


Séverine Cattin, historienne de l'art, catalogue de la 69e Biennale de La Chaux-de-Fonds (extraits)



Victor Savanyu : erratae du réel

« Victor Savanyu dans ses peintures comme dans ses photographies offre à ce qui vit sous le soleil l’immanence de l’état de rêve éveillé ou brouillé. L’évidence lumineuse d’un lieu ou d’une situation est décalée : si bien que ce que nous pensions consubstantiel à nous nous échappe. Surgit un lieu perdu quipourrait parfois être imagé par Kafka. Existe une expérience paradoxale, intense, vorace. Les certitudes comme les apparences sont mangées afin que d’autres images nous dévorent non par effet de délire mais de transfert, d’écartement. Ce qui trompe généralement l’esprit passe de l’illusion subie à l’illusion exhibée. Des œuvres de Victor Savanyu naît un arbitraire ironique. Le spectateur tombe du réel tout en restant dedans. L’artiste devient un géomètre particulier. Il se dégage des arrêtes polies, lisses, achevées et des axiomes purs pour celles des « gargouillis » et autres phénomènes angoissants ou drôles inhérents au quotidien. L’image devient autre chose que l’indice de la possession carnassière des apparences, ou que la mimesis dans laquelle elle se fourvoie le prétendu "réalisme". Souvenons-nous de Beckett : "Qu'ils ne viennent plus nous emmerder avec ces histoires d'objectivité et de choses vues". »

Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain.
Les Blogs de l'art helvétique contemporain en partenariat avec le quotidien 24h.
10/12/2015